Faut-il croire en " Dieu ", et est-ce qu'il s'intéresse à moi ?
- Votre vision de l'homme est contraire aux Ecritures. L'homme a bien été créé un " jour " à l'image et la ressemblance de son " créateur ", et il n'a jamais été dit qu'il était de tout temps, de tous lieux et sous toutes les formes.
- Moïse a bien des qualités, mais cela n'empêche pas de défendre d'autres opinion.
- Moïse n'a jamais dit d'où vient ce créateur.
- Il a dit néanmoins qui il était : le " je suis " si l'on en croit l'épisode du buisson ardent. Le " Je suis " qui est à la base de l'alphabet hébreu et donc de la Kabbale.
- Vous n'avez jamais rien dit d'autre, lorsque vous dites que l'esprit est premier et qu'il est unique, c'est bien du " Je suis " que vous voulez parler ?
- Oui, mais si on déifie le " Je suis ", on s'interdit de le comrpendre. Alors que si on l'analyse comme simple sensation d'être, universelle et éternelle, contenant toute forme apparente ainsi qu'on l'a démontré, on peut comprendre d'où il vient et pourquoi.
- Certains diront que c'est sacrilège.
- La Métaphysique ne se place pas sur le terrain du religieux. Ceux qui se placent sur le terrain religieux sont attachés à un " Dieu " inconnaissable. Mais " Dieu " n'est pas un concept métaphysique. Sur le plan métaphysique, on ne se préoccupe que des causes, et on essaie de les définir. Que d'autres appellent ces causes " Dieu " ne pose aucun problème.
- Mais lorsque vous définissez les causes de façon mentale, ou supra-mentale, vous dépersonnalisez l'Etre et interdisez de croire qu'il s'occupe de nous comme un Père s'occupe de ses enfants. C'est cela qui peut rendre certains furieux, même si, en fin de compte, cela ne change rien aux faits.
- C'est vrai que c'est rassurant de se dire qu'on a un créateur qui veille sur sa créature.
- C'est dangereux, car quand tout va mal, ou quand l'homme s'autodétruit, la foi est mise à mal, et on finit par dire que " Dieu " n'existe pas ou qu'il est méchant, ou qu'il se désintéresse de tout, voire qu'il est mort, comme certains l'ont dit.
- Finalement, personnaliser " Dieu ", c'est le menacer de défauts humains tôt ou tard, et l'imperfection ne lui sied guère.
- Voilà pourquoi les métaphysiciens sont de meilleurs défenseurs de l'intégrité divine que les religieux. " Dieu " n'est pas un concept, mais un concept peut le définir. Il est une réalité absolue que le concept de " Nécessité du Néant " définit et recouvre parfaitement dans toutes ses dimensions : but de la spiritualité, source de toute énergie et de toute vie, créateur, totalité visible et invisible, tout cela ce sont des concepts qui expriment bien ce que ressentent ceux qui expérimentent " Dieu ". Ce serait autant le réduire de le définir comme un concept que de le définir comme une expérience.
- Mais on ne peut pas définir l'infini ! Tout ce qu'on peut en dire est à mille lieux de " Dieu " !
- Vous dites cela comme si vous pouviez le définir ?
- " Dieu ", " Dieu ", vous n'avez que cela à la bouche. Moi je ne parle pas de ce que je ne sais pas définir. Savez-vous définir " Dieu " ?
- Vous avez dit " moi, je ". Savez-vous définir " moi je " ?
- Nous ne sommes pas là pour nous envoyer nos imperfections à la figure. Chacun d'entre nous ici est en recherche, et par définition aucun n'est " Dieu " sans le complément d'autrui. Nous ne pouvons pas nous reprocher d'être imparfait, sinon nous nous reprocherions d'exister.
- L'homme est à l'image de " Dieu ", donc l'homme est parfait.
- Curieux. Comment alors peut-il " chuter " et se détruire comme il le fait ?
- Et torturer, et affamer des populations entières pour le plus grand profit de quelques uns ?
- Ne soyez pas méchants. Les contradictions flagrantes du récit mosaïque sont bien connues. Cela n'empêche pas que dans l'ensemble, la Genèse est un chef d'oeuvre.
- Si Moïse est imparfait, on ne voit pas comment son réçit pourrait être parfait.
- Si, s'il est inspiré ?
- Essayons de ne pas nous éparpiller. Vous venez de dire " s'il est inspiré ", et c'est une bonne remarque. Cela cependant n'empêche pas l'imperfection du récit et, au contraire de ce que vous croyez, va dans le sens d'une définition métaphysique de " Dieu ". Car l'inspiration se définit, c'est le But qui anime l'Etre, et lui donne l'énergie d'aller précisément vers ce but. Mais si ce but était atteint, il n'y aurait plus de but. Il n'y aurait plus de " Dieu ". La perfection est un but, ce n'est pas une réalité matérielle. La matière est limitations. Et tout ce qui va vers l'infini est forcément fini, donc imparfait. L'homme n'y fait pas exception, il est une créature, il ne peut être mis sur le même plan que son but, qui est donc aussi sa source, et que certains appelle " Dieu ".
- " Dieu ", étymologiquement, signifie " le tout en tant que but ". Car c'est le Théos, autrement dit le TAU qui est la dernière lettre de l'alphabet hébreu, symbolisant l'aboutissement. Tout ce qui va vers le but doit être pardonné de ne pas encore y avoir abouti. C'est le sens du message christique, selon moi, qui veut que chacun sur la Terre porte sa croix (en forme de T), et est sur un pied d'égalité avec tout autre, dans le rude combat qu'il mène. L'homme le moyen de " Dieu ", il n'est pas son image. Il n'est sa ressemblance que dans la mesure où l'homme est un but personnel, lui permettant de s'unifier avec le grand but universel. Il est la même énergie, mais sous une forme limitée.
Vous êtes tous cela. L'Etre à la recherche de lui-même. Eternellement. Et donc éternellement limité. Ce n'est pas triste. Au contraire, cela devrait vous faire aimer toutes ces limites qui, ensemble, permettent l'illimité. | |